lundi 2 novembre 2020

La sacro-sainte laïcité

Le confinement a commencé en France et il s'accompagne d'une interruption de tous les offices religieux sans distinction (sans discrimination). On entend des catholiques demander gentiment la reprise des messes. Or, la République ne reconnaît aucun culte. Cela signifie qu'un adorateur de Baphomet qui se réunit tous les mercredis avec ses amis dans un local étroit a autant de droits à exercer sa liberté de culte qu'un catholique.


Certains proposent de définir des critères qui s'appliqueraient indistinctement à tous les lieux de culte. Mais cette mesure aurait pour effet de favoriser (de fait) les catholiques, en vertu d'un legs de l'histoire en quelque sorte*. En abattant l'Église, la laïcité a remis à plat tous les cultes. Tous les cultes n'ont pas également contribué à ce qu'est aujourd'hui la France, mais tous les croyants doivent être soumis au même régime.

Sous le régime de la laïcité, le pastafarisme est mis sur le même plan que des religions plus anciennement établies. Encore une fois, la République ne reconnaît aucun culte. Toute célébration religieuse est donc assimilée à une réunion de personnes comme une autre.

La République reconnaît officiellement la liberté de conscience mais elle ne reconnaîtra pas la liberté de culte sans se remettre profondément en cause.

* Les édifices catholiques sont généralement plus spacieux et volumineux que les autres lieux de culte, la hauteur sous voûte réduit les risques de propagation du virus...

dimanche 28 juin 2020

Asselineau

Je m'amusais de ce qu'on traitait l'U.P.R. de secte, et j'avais même décidé de m'intituler « zélateur de la secte #UPR à mes heures perdues » sur Twitter. Pour faire bonne mesure, j'avais ajouté : « pas adhérent, mais vif sympathisant ».

Je voyais bien qu'il y avait quelque chose de trouble chez Asselineau, de mal assuré. mais à travers son phrasé gourmé, ses digressions pédantesques, la trame de ses idées me paraissait claire.

Lors du visionnage de son passage à « On n'est pas couché », sa prestation m'avait laissé une impression désagréable. Mais j'avais progressivement surmonté cette première impression et lorsque l'échéance de la présidentielle de 2017 est tombée, je soutenais l'U.P.R. et son chef, le « mirobolant »* François Asselineau, bonhomme replet sanglé dans ses costumes qui s'emmêlait parfois dans ses circonlocutions et se comparait volontiers à Madonna.

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* Le mot n'est pas de moi. tps://twitter.com/pmcouteaux/status/1059022066698125312?s

dimanche 7 juin 2020

Le Pen

Comique troupier, chansonnier, amuseur public, il a trollé la politique française pendant plus d'un demi-siècle. Il n'a jamais convoité sérieusement le pouvoir. Il tient plus du diablotin facétieux sorti de sa boîte que du satan malévolent qui menacerait la République. L’œil qui frise et rigolard, il débite son analyse et ses bons mots avec la délectation d'un comédien sûr de ses effets.

Oui, comme l'a dit Lionel Jospin, après avoir lui-même quitté la scène, l'anti-fascisme était du théâtre*, mais Jean-Marie Le Pen ne s'est-il pas complaisamment prêté au jeu ?




* Lionel Jospin, Émission « Répliques » du 27 octobre 2007 sur France Culture.

mercredi 18 avril 2018

Personne ne présiderait mieux aux cérémonies du 14 Juillet qu'un roi.

Nouveau commentaire laissé sous un article de M. Tandonnet :
Réflexions sur l'avenir politique

Un 21 janvier 1793, dites-vous ?

Quand je vous lis, encore une fois, j'ai l'impression que tout ce que vous énumérez milite en faveur du retour du roi. La restauration de la monarchie aboutirait évidemment à une dépersonnalisation du pouvoir. Ravalé au rang de Premier ministre, Macron passerait moins de temps à parader à la télévision, aux Bernardins, ou au Parlement européen, pendant que le roi, avec l'impavide majesté qui le caractérise normalement, remplirait son office avec davantage d'efficacité. Les discours soignés de Sylvain Fort ne perdraient rien à être prononcés par une bouche royale. Macron se complairait moins en paroles incantatoires et m'est avis qu'il serait remplacé par un besogneux, un faiseux moins verbeux, car le rôle hybride qu'il occupe actuellement serait devenu superflu.

Ma verve monarchiste s'est épuisée pour l'instant. Je reviendrai vers vous une autre fois.


dimanche 17 décembre 2017

« ne nous induis(ez) pas en tentation », la suite

Commentaire adressé à un commentateur qui propose, avec l'abbé Carmignac, « ne nous laisse pas consentir à la tentation » :

J'aime assez cette traduction. Mais comme le remarquent justement certains (l'initiative des catholiques francophones a été remarquée dans d'autres sphères linguistiques), triturer la traduction d'une prière qui nous lie avec la trame des fidèles du passé n'est pas un bon signe.
Encore une fois, les versions en de nombreuses langues européennes disent plus ou moins « ne nous induis(ez) pas en tentation » et personne ne trouve rien à redire. Jusqu'à cette drôle d'initiative des francophones. Cela signifie sûrement quelque chose.
Si le verbe « induire » ne convient pas parce qu'il ne serait pas d'un usage assez courant, que penser des formules archaïques de la version anglaise par exemple ?

Pourquoi cette rereformulation ?
C'est à en perdre son latin.


jeudi 23 novembre 2017

« ne nous induis pas en tentation » 2

Voici un commentaire que je viens de soumettre à l'imprimatur de l'abbé de Tanoüarn sur son blogue, concernant les spéculations fumeuses de R. Enthoven, suscitées par la nouvelle traduction du « Notre Père » :

Que pensez-vous de l'expression « ne nous induis pas en tentation », qui n'a pas emporté les faveurs du comité de révision ? Le seul prétexte allégué est que « le sens du verbe "induire" n’est plus suffisamment "courant" pour être d’un usage clair ».
Mais ce motif me semble bien léger... La langue employée dans l'exercice du culte doit être différente de l'usage qui en est fait dans les circonstances plus triviales de la vie courante.
D'ailleurs, à l'usage, répétée par des millions de bouches francophones, cette expression deviendrait courante, justement. (Je me cite.)
Et contrairement à « entrer en tentation », l'expression « induire en tentation » n'est pas une innovation langagière. Elle est dûment consignée dans les dictionnaires, illustrée par de nombreux auteurs, etc. (Elle ne sort pas seulement de l'esprit tourmenté de quelques théologiens linguistes.)

L'interrogation de M. Enthoven, et son interprétation à côté de la plaque (et potentiellement malveillante) ne viennent pas de nulle part.
Dans les autres langues on n'éprouve pas le besoin de retraduire aussi souvent cette formule.
« ne nous induis pas en tentation », c'est ainsi que l'on pourrait traduire la formule utilisée en anglais, en allemand, en néerlandais, etc.

Est-ce à dire que la traduction latine de Saint Jérôme, patron des traducteurs, était fautive et hétérodoxe ?

Les francophones seraient-ils les seuls, en 2017, à bénéficier d'une traduction fidèle et satisfaisante ?

jeudi 16 novembre 2017

Queneau et l'écriture « inclusive »

L'écriture inclusive détruit systématiquement le potentiel créatif de la langue française.
Pour mieux comprendre, voyons comment Raymond Queneau joue avec la grammaire du français. Au lieu de bousculer la langue, de la forcer, il la manie délicatement, comme un instrument de musique. Voici deux exemples où se manifeste avec éclat son art de littérateur :
Il écoutait attentivement les remarques, les interjections, les plaisanteries, les jurons, les brocards. Il y ajoutait les siens et les siennes. (Les Derniers Jours)
L'emploi conjoint des deux genres a toute sa place. Le personnage (aveugle) ne manque pas une occasion de mêler sa voix au concert général, compensant sa cécité par une langue bien pendue.
Dans cette foule, il y avait des êtres exceptionnels et merveilleux, mais aucune relation possible ne pouvait s'établir entre elles et lui. (idem)
Le genre sert ici à marquer la différence entre l'idéalisme du personnage (peut-on un mot plus asexué que le mot « être », dont le genre a évidemment une valeur de neutre ?) et son manque de connaissance pratique du sexe opposé (autrement nommé « le beau sexe », ou encore « le sexe » tout court, jolie collection d'expressions sexistes). Paralysé dans son commerce avec les femmes par son manque d'expérience et son idéalisation du beau sexe, le jeune homme préfère rester assis à rêvasser.


L'article consacré à Raymond Queneau dans le Dictionnaire encyclopédique de la littérature française note à la fois son inépuisable créativité, ses recherches sur le langage, notamment à travers l'Ouvroir de Littérature Potentielle, la place essentielle qu'occupent les personnages féminins dans son œuvre (« éléments moteurs des romans qu'elles habitent ») et son imperméabilité aux modes. Qu'aurait-il pensé de cette initiative inepte et barbare qui dénature le langage en y important les névroses du temps ?