jeudi 11 mai 2017

Pourquoi je n'ai pas voté (pour Marine Le Pen) dimanche dernier

Quelques semaines avant le premier tour de cette élection capitale pour le pays, puisqu'elle avait pour but de choisir le chef de l'État, j'ai eu la présence d'esprit d'appeler la mairie de mon ancienne commune de résidence pour vérifier si, contrairement à ce que je croyais, j'étais toujours inscrit sur les listes électorales. La réponse positive que je reçus me procura une grande joie. J'allais pouvoir participer à ce grand rendez-vous démocratique, j'allais être partie prenante. Immédiatement je me suis mis en devoir de trouver un mandataire. Comme je ne connaissais personne de confiance qui soit inscrit dans la même commune (aussi étonnant que cela puisse paraître), je me suis adressé au parti du candidat qui avait mes faveurs, qui s'est fait un plaisir de me fournir les coordonnées d'une militante qui serait ma mandataire. Quelques mots échangés au téléphone − un rapport de complicité s'était établi entre nous du fait de notre choix commun, et je sautais dans un train dans le but exprès de me rendre au consulat général de France à Bruxelles faire valider ma procuration.

Voilà jusqu'où j'ai poussé le zèle civique.

Le jour du premier tour, ma mandataire m'a envoyé un mail en début d'après-midi pour m'informer qu'elle s'était acquittée de sa mission. Je lui ai répondu que dans l'hypothèse invraisemblable où [notre candidat] atteindrait le second tour, je lui renouvellerais ma procuration.

Les résultats sont tombés, et on s'est retrouvé avec le duo infernal qui nous était promis depuis le début. La semaine suivante, après quelques débats intérieurs (la délibération a été très brève), j'ai appelé le consulat général de France pour demander jusqu'à quand je pouvais établir ma procuration sans courir le risque qu'elle ne soit pas traitée. Il ne me restait que le lendemain vendredi. Si je me déplaçais le mardi suivant, mon interlocuteur ne répondait de rien. Sans tergiverser je me suis emparé de mon téléphone et j'ai composé le numéro de la section locale du Front National. (...) 
Lâchement, j'ai laissé passer le vendredi. L'annonce du ralliement de Dupont-Aignan se faisait attendre.
Et puis le soutien de Marie-France Garaud* m'a confirmé dans mon choix. Je n'étais pas tellement ébranlé par la rhétorique anti-fasciste** qui se déployait.

Finalement, dans ma douche le mardi matin, j'ai décidé que me rendre à Bruxelles exprès (sans être sûr que ma demande aboutisse) constituait une démarche militante qui ne correspondait pas à mon état d'esprit.





* Il y a des années, étudiant en échange dans une université étrangère je m'étais inscrit dans un cours d'introduction aux sciences politiques. L'examen final consistait à écrire trois billets de blog sur des sujets politiques et j'en avais consacré un à Marie-France Garaud.
** Il y a dix ans Lionel Jospin qualifiait déjà de « théâtre » les manifestations « anti-fascistes » qui eurent lieu du temps où Jean-Marie Le Pen était à la tête du Front National.

dimanche 30 avril 2017

Les descendants de déportés apprécieront



L'exploitation éhontée du sort des victimes de la barbarie nazie à laquelle se livre Emmanuel Macron est irrespectueuse (et insultante) pour ces dernières. Marine Le Pen, plus discrète, s'est contentée de déposer une gerbe devant une stèle à Marseille. Les descendants de déportés apprécieront la différence (à sa juste valeur).

(Bien sûr, on me rétorquera que la discrétion du geste de Marine Le Pen n'est pas commandée par la seule pudeur. Il s'agit de politique, mais chez Macron la tentative de récupération est trop apparente et dépasse les bornes de la décence.)

samedi 29 avril 2017

Blanc bonnet et bonnet blanc ?

Extrait d'un courriel à un correspondant qui m'expliquait pourquoi il ne voterait pas Macron, sans m'éclairer sur les raisons qui le poussaient à préférer voter blanc plutôt que Le Pen :

Je vais néanmoins lire ton argumentaire, car il me permettra de comprendre les raisons qui t'ont fait adhérer tout de suite à la candidature de Fillon et, inexplicablement, repousser d'emblée celle de Macron. Pour moi, comme le pointait justement Patrice de Plunkett dans son blog, Macron, le candidat de la nouvelle bourgeoisie, a remplacé Fillon, candidat de l'ancienne. Il y a une parenté, une filiation, une consanguinité idéologique entre Fillon et Macron. Il n'y a pas de différence sociologique entre les électorats mais une différence de génération : dans les mêmes familles les (grands-)parents ont voté Fillon et les enfants Macron.
Fillon incarnait caricaturalement la droite orléaniste (celle que j'aime le moins) dans ce qu'elle a de plus odieux. Une droite qui n'a rien de conservateur, sauf en ce qui concerne ses intérêts financiers. Contrairement aux droites légitimiste et bonapartiste : une droite qui divise*. J'ajoute une citation de Christophe Guilluy : « Si un vernis culturel et politique permet encore de distinguer nouvelle et ancienne bourgeoisie sur les questions sociétales, elles défendent le même modèle économique. » Ce modèle économique entre en contradiction flagrante avec la Doctrine Sociale de l'Église. (Le vernis de la candidature Fillon n'a pas mis longtemps à se craqueler.)


* Pour dire les choses grossièrement, les droites légitimiste et bonapartiste cherchent à rassembler l'ensemble du peuple français autour d'un idéal, d'une idée de la France (le gaullisme est-il un légitimisme ?)  tandis que l'orléanisme cherche à composer et sert principalement les intérêts d'une classe sociale.


(Bien sûr, je simplifie...)

mercredi 26 avril 2017

La Rotonde et Le Fouquet's

Encore un commentaire inspiré par un article de Maxime Tandonnet :

Macron a célébré sa victoire d'étape à La Rotonde, pas La « Retonde ». Lapsus révélateur ?
Mais La Rotonde, c'est plus branché, ça fait moins bling-bling, paraît-il, que le Fouquet's, moins nouveau riche... La vérité c'est que Sarkozy n'était pas aussi bien agréé par le « système » que Macron, qui est sa créature. Il avait des manières moins policées, il avait un peu plus de caractère (même s'il était également versatile).

dimanche 16 avril 2017

Comparaisons fallacieuses

Au long de la campagne on n'a pas su quoi inventer pour défendre la candidature de M. Fillon.
On a voulu réhabiliter son cas par des comparaisons fallacieuses. Fillon a été comparé à Mazarin (comme si son bilan soutenait la comparaison avec celui du grand commis) par J.-P. Brighelli, à de Gaulle... Ainsi Paul-Marie Coûteaux écrit dans un tweet :
« De Gaulle a été condamné à mort par la Justice française, il fut cependant porté au pouvoir par la suite, et la France s'en porta bien. »
Oui mais de Gaulle a été condamné à mort pour avoir osé braver un pouvoir illégitime, c'est là un de ses titres de gloire. Fillon a été mis en examen dans une série d'affaires peu reluisantes. En d'autres termes, de Gaulle a encouru la peine de mort pour s'être rebellé ; Fillon est mis en examen pour avoir profité du système. Aucun rapport.
Les affaires dans lesquelles Fillon est impliqué sont de bien médiocres affaires, à la hauteur de son passage à Matignon. Je vous laisse deviner la différence avec Mazarin, Talleyrand, et autres...

vendredi 31 mars 2017

« Ne nous induis pas en tentation... »

Comme ce collègue blogueur, je suis gêné par l'expression  « ne nous laisse pas entrer en tentation », formule officiellement choisie pour remplacer le (maintenant) traditionnel « ne nous soumets pas à la tentation » de la patenôtre.
On entre en religion (par extension, en politique), pas en tentation !
Pourquoi ne pas dire « ne nous induis pas en tentation »* ? On induit bien en erreur, pourquoi pas en tentation ? La formule aurait l'avantage d'être plus proche de l'expression latine. Le seul prétexte allégué est que « le sens du verbe "induire" n’est plus suffisamment "courant" pour être d’un usage clair ». Mais à l'usage, répétée par des millions de bouches francophones, l'expression deviendrait courante, justement. Et je ne comprends pas les gens qui sacrifient la pureté de la langue à une clarté douteuse.

Ces reformulations multiples ne trahissent-elles pas un trouble inconscient autour de l'idée même de tentation et celle de péché ?



* On trouve cette expression chez Huysmans, je crois.

mercredi 29 mars 2017

Le Prince charmant

Revoici un commentaire ajouté au bas d'un récent article de M.Tandonnet, que j'ai légèrement étoffé :

En toute objectivité, comme beaucoup de journalistes se plaisent à le répéter, le programme de Nicolas Dupont-Aignan ne diffère pas tellement de celui de Marine Le Pen.
Quant à cette dernière... Il me semble qu'elle souffre d'un défaut congénital, pour certains, d'une tache originelle pour d'autres. Enfantée par un monstre, elle a été élevée dans l'antre de la bête.
Quelles raisons les membres « historiques » du Front National, presque tous évincés, à commencer par le président-fondateur, auraient-ils de prétendre que le parti a été renouvelé de fond en comble ?

Pour ce qui est de François Asselineau, il est tout aussi extrémiste (toujours de votre point de vue), mais beaucoup moins populiste, il me semble, car il pousse la logique, et la démonstration jusqu'au bout. Son programme (et son style) rencontrent un écho beaucoup plus important dans les classes moyennes éduquées que dans les classes populaires. Je ne peux pas dire que je sois insensible au panache de ce petit homme replet.
Il a peut-être un physique qui ne paie pas de mine, comme Herman Van Rompuy, et Nigel Farage aussi*, il faut bien le reconnaître, mais comme son discours est séduisant ! Pour l'instant c'est mon nouveau prince charmant.




* Je fais référence à l'altercation de M. Farage avec Herman Van Rompuy dans l'arène du Parlement européen, en 2010, où le premier s'en prenait à l'apparence physique du second.