jeudi 16 novembre 2017

Queneau et l'écriture « inclusive »

L'écriture inclusive détruit systématiquement le potentiel créatif de la langue française.
Pour mieux comprendre, voyons comment Raymond Queneau joue avec la grammaire du français. Au lieu de bousculer la langue, de la forcer, il la manie délicatement, comme un instrument de musique. Voici deux exemples où se manifeste avec éclat son art consommé de littérateur :
Il écoutait attentivement les remarques, les interjections, les plaisanteries, les jurons, les brocards. Il y ajoutait les siens et les siennes. (Les Derniers Jours)
L'emploi conjoint des deux genres a toute sa place. Le personnage (aveugle) ne manque pas une occasion de mêler sa voix au concert général, compensant sa cécité par une langue bien pendue.
Dans cette foule, il y avait des êtres exceptionnels et merveilleux, mais aucune relation possible ne pouvait s'établir entre elles et lui. (idem)
Le genre sert ici à marquer la différence entre l'idéalisme du personnage (peut-on un mot plus asexué que le mot « être », dont le genre a évidemment une valeur de neutre ?) et son manque de connaissance pratique du sexe opposé (autrement nommé « le beau sexe », ou encore « le sexe » tout court, jolie collection d'expressions sexistes). Paralysé dans son commerce avec les femmes par son manque d'expérience et son idéalisation du beau sexe, le jeune homme préfère rester assis à rêvasser.


L'article consacré à Raymond Queneau dans le Dictionnaire encyclopédique de la littérature française note à la fois son inépuisable créativité, ses recherches sur le langage, notamment à travers l'Ouvroir de Littérature Potentielle, la place essentielle qu'occupent les personnages féminins dans son œuvre (« éléments moteurs des romans qu'elles habitent ») et son imperméabilité aux modes. Qu'aurait-il pensé de cette initiative inepte et barbare qui dénature le langage en y important les névroses du temps ?

lundi 6 novembre 2017

Le roi bourgeois

J'en rajoute une couche sur la monarchie :


Vous avez raison : nous sommes à l'époque du sujet roi. Voilà pourquoi je pense qu'un roi bourgeois, un roi citoyen, ne serait pas de trop et ne déparerait pas le tableau. Tous les rois et reines de notre époque sont, à des degrés divers, des monarques bourgeois, mais ce qu'ils gardent de transcendance est un gage de stabilité, une garantie pour l'avenir. Pour mettre fin à l'idolâtrie déplacée du président de la République, suivie de crises d'iconoclasme, il est urgent de rétablir la monarchie.

N'est-ce pas frappant ? Les familles régnantes mènent des vies beaucoup plus réglées, normales que la plupart de nos dirigeants politiques déconnectés du monde réel. Malgré leur position, en haut de la hiérarchie sociale, les familles royales vivent plus bourgeoisement que l'aristocratie hors-sol qui nous gouverne. Elles renvoient une image de domesticité rassurante, qui contraste avec les vies tumultueuses de nos élites.



Louis Capet enfin vengé !

Voici un nouveau commentaire déposé en dessous d'un article de M. Tandonnet (décidément stimulant) :

Votre esquisse de constitution présente d'indéniables avantages sur le système actuel. J'aime l'idée que le président de la République soit relativement étranger au milieu politique. Mais j'irais un peu plus loin, car la seule manière d'être un président au-dessus des partis (et complètement étranger aux cabales, manœuvres, intrigues de palais et autres combinaisons mesquines), c'est d'être un monarque héréditaire. Un monarque héréditaire sera toujours moins vaniteux qu'un président élu.

(En plus, seule la monarchie héréditaire pourrait assurer une forme de continuité historique avec les mille ans d'histoire qui nous précèdent. Que pensez-vous d'un roi qui descendrait du régicide Philippe Égalité, en même temps que de Charles X, ce qui est le cas de Jean d'Orléans, et dont l'aïeul Louis-Philippe a combattu à Valmy ? Un roi qui présiderait, comme seuls les rois savent le faire, les cérémonies du 14 juillet. Cela permettrait de refermer définitivement les blessures de la Révolution. Je suis de ceux qui pensent que le fait de descendre du régicide donne au candidat orléaniste un surcroît de légitimité. Louis Capet enfin vengé !)



dimanche 5 novembre 2017

Nul ne préside mieux qu’un monarque. Il faut un Roi pour couronner la République. Vaticinations monarchistes.

Encore un commentaire laissé en dessous d'un article de M. Tandonnet :

Je ne vais pas recommencer avec ma lubie monarchique (ou plutôt si : tactique de la prétérition), mais vous me tendez une perche à nouveau. Il me semble que le Général de Gaulle était une exception dans l’histoire politique récente. Celui qui incarne le mieux cette idée d’un président au-dessus des partis, de la mêlée et du brouhaha n’était pas issu du « marigot ». Il n’avait pas fait ses classes dans le petit monde politique de la IIIe République, où il était apparu brièvement, peu avant l’invasion allemande. Sa légitimité, confirmée dans les urnes longtemps après, il l’a acquise ailleurs.
Inutile de rappeler (prétérition toujours) que la plupart des monarques européens battent les records de popularité des dirigeants européens pourtant démocratiquement élus. (Je n’ai pas vérifié cette affirmation mais elle me paraît une évidence.) Vous me direz que leurs sphères ne sont pas les mêmes : justement. Il me semble que la Ve République est une solution bâtarde, foncièrement inadaptée.
Nul ne préside mieux qu’un monarque.

samedi 21 octobre 2017

Rectificatif

En fait j'ai complètement changé d'avis concernant la Maison Rigo.
Après avoir visionné une vidéo montrant l'intérieur, je suis convaincu de sa valeur esthétique et historique indéniable. D'un point de vue esthétique, elle offre un contraste pittoresque avec le building de verre qui la domine de sa hauteur écrasante. Loin d'obstruer la vue, elle agrémenterait le paysage, apportant, selon les mots de la valeureuse présidente de l'association qui défend la cause de sa sauvegarde, «  une note de chaleur et de couleur bien nécessaires sur cette vaste esplanade où demain le béton sera roi »

Je suis également convaincu de son utilité pratique. Ce bâtiment, synthèse admirable de différents styles, pourrait être avantageusement converti en office de tourisme/magasin de souvenirs/restaurant traditionnel. Il constituerait une première halte pour les touristes venus de la gare des Guillemins, qui s'apprêteraient à traverser la passerelle La Belle Liégeoise, pour visiter le musée de La Boverie.

Dans ces conditions, l'obstination des pouvoirs publics à vouloir la détruire est parfaitement incompréhensible. Malgré le soutien de nombreuses autorités scientifiques, la mobilisation de la population, et le combat sans relâche de l'ASBL « SOS Mémoire de Liège » qui a pratiquement tout essayé, la maison est maintenant promise à la destruction.


jeudi 19 octobre 2017

« Des Ostrogoths veulent détruire la maison Rigo »

Les Liégeois sont paradoxaux. Certains de leurs ancêtres ont participé à transformer la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert en carrière de pierre (tandis que les Français décapitaient les statues, les habitants de la cité ardente, au tempérament bouillant comme chacun sait, ont poussé le zèle révolutionnaire jusqu'à araser leur cathédrale, qui était une des plus belles et des plus impressionnantes du monde) et aujourd'hui ils s'acharnent à préserver une maison qui présente un intérêt historique et esthétique somme toute mineur.

Ses défenseurs le clament bien haut, la maison Rigo, hôtel particulier de style néo-mosan, n'est pas un vulgaire pastiche, ce n'est pas une copie servile, puisqu'elle comporte beaucoup de fenêtres et « un garage pour y mettre des voitures ».
La ville veut supprimer cette verrue vingtiémiste pour dégager la vue sur l'esplanade de la gare, cathédrale de verre dont les voûtes culminent à septante mètres.

« La destruction doit avoir lieu dans les prochaines semaines, mais si d'ici-là un amateur souhaite la racheter afin de la reconstruire ailleurs, la ville de Liège, qui a dépensé dans cette histoire un million d'euros, l'invite à se faire connaître. » (RTBF)





dimanche 15 octobre 2017

Macron et Trump

Lu sur Twitter : « Macron, c'est notre Trump à nous. »

Il est aussi superficiel, immature et narcissique, voire davantage. 
Tandis que Trump est un gros bébé à qui tout réussit dans la cour de récré, la terreur des bacs à sable, Macron est l'enfant prodige qui s'épanouit sous le regard amoureux de sa maîtresse, comme une plante verte sous une lampe photovoltaïque. Tandis que Macron récite son compliment sur l'estrade de la salle de classe, Trump règne en maître dans la cour d'école et fait manger la poussière à ses petits camarades.